Le bruit des oiseaux.
- bengrolleau
- 9 mars 2025
- 4 min de lecture

Ce sont de nouveaux chants. Ils sont un nouveau monde, la douceur vous embrasse.
Puis vient le jour à peine, il est très tôt encore, et les yeux grands ouverts, je pars marcher un peu, dans les rues adjacentes. Prendre contact avec le supermarché. Cet endroit qui vous accompagnera longtemps. Rien à l’air bien différent, on s’y fera sûrement très vite.
Les premiers rayons de soleil, aussi matinaux soient ils, commencent à chauffer.
J’ai baragouiné un espagnol hasardeux pour essayer de mettre de l’essence dans cette gourde réchaud que je me trimballe sous mon tube de cadre. Il faut que je me dérouille, le DELE B2 espagnol est un peu lointain.
Puis sous les chants de ces oiseaux qui vous accompagnent défile alors le béton noir des routes du Costa Rica. Quelques graviers mais rien encore. Rien encore qui n’avoisine la brutalité de ce qui attend mes pneus.
Je fais route vers la côte. 90km pour une première étape. Je savais que ce serait un peu ambitieux. D’autant qu’hier j’ai passé deux heures à monter mon vélo à l’aéroport. Entre 2 et 3h du matin pour mon organisme. En soirée simplement ici. Je n’ai pas trop eu à me poser de question sur le décalage horaire. Il semblerait que les ticos, car apparemment c’est comme ça qu’on appelle les costariciens, sont des lève-tôt.
Les mini super, supérettes de secours bienvenues pour se rafraîchir d’une bouteille d’électrolytes ou d’un coca avec tous les sucres possibles, indiquent ouvert de 6:00 à 21:00 quasi partout.
C'est rassurant.
Puis vient alors ce à quoi il va me falloir m’habituer : les pentes. Raides. Souvent courtes, mais coupe jambes. Avec ambition on donne du coup de pédale, mais le vélo et ses 40kg freinent rapidement ces élans fantasques, on se courbe alors, se contorsionne, la respiration quasi instantanément se fait rapide, bruyante. C’est alors un râle. Je laisse enfin au comble de la souffrance échapper quelques cris, bien moins élégants que ceux de Nadal, quoi que résultant du même principe physique. Exploser tout ce qu’on a pour pousser dans le muscle. Et puis quand plus rien ne suffit, quand les paumes pleines de sueur glissent sur les cocottes noires, que les camions vous doublent et que votre trajectoire n’arrive plus suffisamment à être rectiligne pour ne pas être dangereuse dans ce mur d’asphalte qui vous torture, alors c’est le clic de la cale qu’on sort. Le pied à terre. Le dos courbe, les yeux fermés, haletant, on essaie de rester vivant. Je sers mes manettes de freins pour maintenir le vélo. Je passe ma jambe par dessus, puis je pousse.
Pareil à un rugbyman en mêlée, je pousse mes 40kg dans du 15 à 17%. C’est dur. Je compte mes pas par séries de cinquante. Puis je m’arrête. Puis je recommence. Jusqu’à arriver en haut.
Lorsque c’est de l’asphalte, c’est dur mais on y arrive. C’est alors qu’au sein de cette première journée se sont présentés à moi les pourcentages sur graviers. Pareil. Sauf qu’à chaque pas, votre semelle manque de glisser, vos appuis sont encore moindres et le vélo encore plus lourd sur le relief accidenté du sol. Je souffre, souffle, et râle. Je bois tant bien que mal.
Après tout, je le savais.
Puis vient le temps de la descente. L’air vous sèche le mérinos, et les paysages défilent.
D’abord il y a les oiseaux, puis c’est la flore qui vous submerge. Vive, colorée, variée, elle s’étend à perte de vue, elle vous entoure. Petit à petit, les souffrances s’alternent avec la douce caresse du paysage. Je suis dans un nouveau monde. Plutôt clément. L’eau est potable, je parle la langue, et il y a à manger régulièrement. Je peux sourire.
Le soir venu c’est au bord d’un estuaire dans un petit campement improvisé fermé par une porte et un cadenas tenu par Josh un américain installé à Puntarenas, que je pose ma tente pour la première fois. Il y a de l’eau, des toilettes. J’ai rempli mon défi de mes 90km du premier jour. J’ai compris la mécanique des reliefs costariciens. Mes jambes ont compris. Elle n’auront pas le choix.
Les voisins de mon campement ont un airbnb. Deux retraités canadiens m’invitent chaleureusement à prendre une bière et me racontent leur temps passé ici alors que volent en formation linéaire les pélicans sous nos yeux, à mesure que le jour tombe.
Ils m’accompagnent au restaurant où je dois casser la croûte. Le soleil prend ses couleurs du soir et c’est magnifique. C’est magnifique tous les jours ici, apparement.
Je suis seul à manger du gallo Pinto et quelques légumes. Le gallo pinto, c’est du riz et des haricots noirs. C’est parfait pour l’apport protéique du végétarien que je suis. Pour l’instant tout semble rouler. Dans tous les sens du terme.
La nuit tombée, il est encore tôt. De retour au campement, Rossie joue les mamans poule, me coupe des fruits frais et me fait un thé. Pour demain, elle a mis dans un sac du pain avec du beurre de cacahuète et de la confiture. Ce n’est certes pas dans la culture française, mais j’ai déjà gouté et j’adore ça. Je prends congé. Lentement pour la première fois j’instaure mon rituel de camping. Charger ce qu’il faut. Le GPS, le portable, les écouteurs. Revoir l’itinéraire du lendemain. De bon matin, j’ai une dizaine de km à tracer pour rallier le port qui m’emmènera sur la péninsule de Nicoya. Le paradis des plages. Celles dont j’ai rêvé longtemps, en pensant à ce voyage.
D’abord ce sont les oiseaux, puis la flore, puis les chiens qui aboient. Les jambes qui chatouillent alors qu’elles se reposent. L’air chaud de la tente ouverte. Les premiers moustiques. Il est très tôt encore. Mes bras passent sous la taie d’oreiller dans laquelle j’ai roulé ma doudoune. Il fait doux. Je reprends la route demain. Dans ce nouveau monde. Cette nouvelle vie, dont je n’ai absolument aucune mesure encore.



Merci pour ce premier texte, cela permet de mieux appréhender les difficultés et l’énorme défi que tu t’es mis, mais aussi de découvrir les merveilles de la nature de ce continent 🤩😘